SPO n° 108 : Et fin de semaine fin de série fin de mémoire, on solde !

 Demande Ultime avant fin des soldes : 1 et 2 et 3  et 4 , les séquences  publiques d’oubli 104 105106 107 , dans l’établissement culturel Le 104,ont une allure de chenilles processionnaires ( c’est le rythme de la Polka ! )

«Bon, reprend Marina,(les benjamins sont détenteurs du récit, puisqu’ils en écrivent l’histoire ) « toute cette histoire, ça s’est passé en plusieurs périodes, sur trente ans, d’abord une histoire de  gens qui sont tout le temps et partout amis sur des stands de tir à la fête des humains, chants et frites pour construire des futurs en couleur,  ou des discours révolutionnaires sous l’espèce des raviolis cuits à la vapeur dans  les rumeurs du hammam rue des Rosiers, là où Serge triche, mais Serge triche toujours.»

 

Vassiliki enchaine (sur la période rouge, elle devrait détenir le record de souvenirs, et celui d’effritement contraint des mémoires ) : « Ensuite, on observe que deux parmi les quatre s’emberlipatouillent avec des gélovules qui fondent moins vite dans la main que le …, mais passons, de nouveau. file5Fabre ¨MPT appel à oublies 2 femme allongée    Alors, poursuite la Russe chez qui la poursuite est une seconde culture, par la suite YDIT et Polka s’évaporent chacun dans le regard absent de l’autre, et les Quatre ne se rencontrent plus que pour les calanques Grecques, pendant très beaucoup d’années. «

L’Histoire traverse le silence barbare des absences. Puis, les voila se croissant dans le vieux théatre de M., un soir hasardeux comme ils le sont tous après cinquante ans. Ils se rencontrent et  s’observent comme des faces masquées les nuits de carnaval, près du Grand Canal :de qui est ce regard?. Sans parler du passé (mais peut-on jamais en dire autre chose que la disparition ?), ils labourent leur présence dans un bavardage de vieux camarades,  ni résignés ni  grignotés de remords. »

-« Cette fois là , qui sera the last one, mais Je devrais ne le pas dire, mime de regretter V3, au terme d’une longue journée de marche, Polka et Polki sont à table, et Ydit aussi, fatigués, caniculés comme …. »

Ydit , dans le cadre rouge au centre de l’immeuble culturel 104, s’étonne : Quoi?! Va-t-on faire ses oublis à sa place? Lui manger sur le récit la laine du souvenir?

 

 

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Ydit reprend le pouvoir du récit, l’ultime avantage des Anciens :

« On dînait, Polki s’anémiait, Ydit résistait aux arguments que Polka tentait d’opposer à toute raison, en continuant la discussion de la voiture : métier, valeurs, politique, tout va mal…The end of the Univers, l’effondrement du futur et tout ça évidemment parce qu’on n’a pas su faire du Petit Père des Peuples l’usage malin qui aurait guidé l’Histoire vers la beauté des bonheurs…Elle s’échauffait. Non pas devenant rouge mais s’encolérait de Rouge déchu. L’échange, encore serein sur la route, encore un peu retenu par les jeux de fente et de salade, éclairé par l’éclat fugitif d’une peau claire  en haut d’un maillot de bain  écarté, la discussion s’énervait, se bardait de pointes, tournait à la rencontre habile d’une hallebarde et d’un fer de guillotine mariés en secret par un coup de feu dans la nuque. Ydit se sentait rejoindre la cohorte oubliée des corps des Traîtres posés sur un corbillard qu’on ne regarde même pas.

Polka parlait fort. Les arguments s’assoiffaient de violence, négligeant ces menus silences du dialogue où l’on reprend raison, avec un peu  de salade de fruits. Dans la dispute maintenant traversant le dîner comme un chemin de table cousu de barbelés, les oppositions sortaient les haches contre les mousquets, Marat poursuivait sa Charlotte, et Danton poussait Robespierre dans l’escalier de l’hotel de ville afin de régler à sa manière ses contes à l’Histoire.

 »En la lui faisant à l’envers » complète assez obscurément Germaine.

YDIT raconte : Un véritable combat de rues, bagarres et matraques, la scène passait du léger burlesque au véritable traquenard.un vrai service d'ordrevoisins de trottoir 2

Interrogé par tous, comparses et passants de l’établissement culturel ‘Le 104’, car le récit du déraillement attire toujours les voyageurs, Ydit répond qu’il ne saurait dire, aujourd’hui, comme souvent, quelle était l’origine de la controverse. D’ailleurs, le prétexte  importait-Il ? On ignorait s’il y avait encore un  sujet réel, mais une sorte de stupeur s’installait dans le désarroi des désaccords voulus.

Ydit raconte : l’ancienne et vigoureuse raideur propre dialectiques et aux usages de Polka, peu éprouvée depuis des années faute de débats durables, n’avait pas été cassée par les élasticités de l’âge que produit la sagesse -ou l’usure, ou parfois le renoncement. Plus que jamais inscrite dans le cadre du plus vieux que tout parti révolutionnaire, pourtant réduit à un peu de chagrin par ses propres oublis de l’horizon, Polka se dressait poings mentaux fermés contre ce qu’elle nommait les  trahisons d’Ydit. On était loin des roboratives déferlantes vivifiées de virilités militantes peintes en vertu multicolore par les artistes de pépé Jdanov  Ydit, qui prétendait retrouver « force et vigueur » dans le débat, Polka le voyait orphelin des dogmes, sans le repère des repaires de la pensée hibernante de l’époque Rouge, et donc balloté au vent des marchands du vide. C’est ainsi le jeu d’exister. D’abord, on était assis trente ans plus tôt (ou n’était-ce pas quarante ?) sur le tapis thé en main, ouvrant la boite aux aimables gélovules vite fondues. Puis, le temps d’un regard vers d’autres attentes, dans le miroir posé sur un large buffet sculpté, cuisses barrées de rouge par l’arrête sanglante du tabouret en Formica, on s’emprisonnait la tête sur l’étroite terrasse devant la salade asséchée d’attente. Glissant déjà de la mauvaise foi vers la haine.

 

-« Ah donc, je comprends, s’exclame Vassiliki avec l’amertume de l’experte dépassée, ce n’est pas la question qui fâche la fête, c’est le refus de vouloir une réponse discutée ».

Polki, raconte Ydit, avait-il il essayé de modérer l’éclat faute d’empêcher la grenade, qu’il avait dû regagner sa soupe de pêches et sa tranchée de biscuit, tel un vieillard rapatrié vers l’inutilité d’espérer, vite replié dans un sourire absent, comptant les griffures. Hagard, à l’est, il passait le pain comme on demande au vainqueur de rendre ses armes,  offrait du sorbet  à la vodka, mais depuis une heure le partage n’était plus que celui des blessures…Sur la terrasse désormais nocturne, les tendresses de soleil partagé se muaient en petits matins glaciaux atteignant le fond d’une cellule dont la porte vient de s’ouvrir sur sa dernière fois.

Sans éthique =img_3068

Comme violentée  – YDIT RACONTE -par son remords de discuter encore ou son regret des gélovules de jadis, soudain  Polka se  redresse, sur une conclusion vertigineuse comme une injection au Texas, et d’un geste immensément conclusif, rapide comme un aspic dans un corsage, elle relève jusqu’au cou, d’un geste presque de scalpel, jusuq’au coup, et même au-delà si on peut,elle referme  la très incitative fermeture éclair qu’au début du repas elle avait largement ouverte, comme un vassal levant sa herse, comme un prélat désignant le baptistère. Regrettant ( YDIT le sent) qu’aucun brave camarade de jadis ne soit ici pour dissiper le malentendu en supprimant l’adversaire ( ce qui reste la plus efficace des approches de la Vérité), Polka hausse les épaules pour dissiper jusqu’au souvenir des formes des petits mais ronds et solides encore, n’est ce pas?! Elle incitait à regarder le coeur de la fente inspirant le tissu, et -pas de ça, sale petit-penseur, enlève tes yeux avant que je te les coupe.

Ydit ajoute que, dans la suite logique des gestes qui affichent la rupture, Polka  déroule ses manches retroussées, fermes les boutons aux poignets. Si on prenait à présent une photo du groupe,dès ce soir- et jusqu’à ce jour d’été du récit 108 -Ydit en serait déjà éffacé : traitre.

-Finie la perspective arrondie ?

Ce fut comme une lente déflagration. Parfois, dans l’étonnement, ce qui surprend, c’est qu’on n’ait pas été surpris depuis si longtemps.

 

Puis, dressée comme une qui sort de la cave après l’orage, Polka se lève renversant presque la corbeille des gaufrettes sur lesquels veille Polki ( «on vous prescrit un avenir oublieux »/ « surveillez votre passé « ) elle remonte de deux mains crispées le mini short objet de  courtesshort très short 108 rougeurs…

– « Ce qui, en général, ne fait que palper davantage? Et rameuter les degrés de bronzage ? » note V3, toujours attentif à la culture du réel.

-« Si le monde avait ainsi temblé chaque fois que je remontais une fermeture, mon Richard n’aurait jamais pu finir sa Corrèze parmi les ombres! »juge -t-elle

Polki tentait une dernière corde à noeuds lancée vers le précipice : « Ce ne sont que des enguelades de vieux amis, vous vous connaissez depuis si longtemps, Polka et toi»,  disait-il l’exténué, accroché  de toutes ses mains à la coupe de sorbet Kolonel comme un immigrant à sa bouée.

 

Le choc l’éberlue comme la rencontre d’une felouque égyptienne avec un tanker chinois sur le lac du bois de Boulogne.

C’est le silence de l’absence soudain révélé. On se croyait vivant, on avait déjà pris, ombre à peine tenant debout, le chemin de la Kolynka…..toute brutalité survenue après l’oubli est comme une trahison faite avant même que l’histoire commence

Une heure plus tard, Polka traversait l’espace devenu sombre, gagnait la chambre, sans même un geste de menton.img_2461

 

Polki, fait rare, sortait du placard la bouteille pousiéreuse de Limoncello enveloppée d’une bandera rossa, mais nul ne désirait le faux oubli de l’alcool.

 

Dans la nuit, sur l’étroit canapé des amis, délégué à la relégation, sans dormir, Ydit rêvait à des coups de révolver mentaux tirés dans le dos et sans bruit au fond d’un couloir virtuel de la Gépéou qu’hébergeait maintenant l’appartement de M…

Au matin, très tôt, il avait aperçu la silhouette raide et vive de Polka, qui partait travailler sans un mot.

– « Et alors ? » interroge V3.

YDIT  raconte : jamais, plus rien,depuis l’exécution secrête du souvenir et l’extinction des gélovules.  Polka toujours avait refusé de répondre aux signaux de paix que, d’abord, Ydit avait envoyés. Pas une lettre en retour de texto, pas un rêve en réponse à un mouvement, pas une songerie de peau blanche incluse dans le cadre rond d’un short rouge.

– « Comme gratté sur la plaque en cuivre de la mémoire, corbeille à papier trouée pour souvenirs ratés ».

DEpuis deux ans, rien-

Et maintenant Ydit n’attendait plus rien, car – dans les accidents de la route, les  cadavres ne remontent jamais seuls du ravin. Le crayonné n’a pas la moindre chance d’échapper à la gomme.

« Et si je résume, voila un de ces souvenirs, on ne sait pas où les classer, au fond du tiroir ou dans la corbeille,

 

ou s’il ne vaudrait pas mieux s’en débarrasser tout de suite avant que ça essaime, puis tout s’épaissit, et dissémine le germe ?

Le reste est..gourmandise et confiture, pirouette Marina, mais vous avez vu ceux du 104 ?

MARINA s’élance : « Au 104, établissement culturel des vivants sur le dessus des morts, des gamins prennent leur avenir de l’autre côté de l’absence et jonglent avec leurs boules de nerfs, des joueurs de jazz chantent la note bleue pour des voisins blancs, des filles font la roue comme un pan suce sa flûte, des chefs de gare en retard sifflent des philosophes en pétard, et maintenant, Moi-Marina, tout juste issue d’un roman sur le tard, j’expérimente l’art de se souvenir afin d’oublier, c’est l’art de la mémoire, c’est l’air de plus tard transformé en abandon joyeux des poids anciens, c’est comme le creux intime d’un ruisseau frais dont nul ne sait prendre les truites dans leur fuite, c’est le prétexte du nu pour voiler ( ou voler?) le creux des statues, on avance, on avance…P1000090.JPGP1000092.JPGP1000089Germaine, à son tour illuminée par le clair-obscur de ce lieu étrange, essaie une formule horaire : » Oublier ce qu’on a été cet hiver, c’est assurer un automne large comme un printemps? »

Bien entendu, mais personne ne répond, c’est l’été plein, le temps où la mémoire s’étend et s’oublie.


Didier Jouault, pour Yditblog, Séquences Publiques d’Oubli numérotées 104 à 108


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Yditblog , S.P.O.107 pour l’été au 104/ Dressée au gros Rouge qui tue, Polka mène son petit blanc à une pure absence.

Rappel : Ydit a commencé la série d’été, pour les pages et les plages, depuis la Séquence Publique d’Oubli 104, au 104, en début de semaine.

 

« Mieux vaut tenir dans ses bras le portrait d’un joli plaisir que le puzzle incomplet façonné par le désir encore vif. »

C’est un passant  de l’établissement culturel Le 104 qui parle, tintinet déjà il est passé : c’est une SPO, c’est au 104.

 

Vassiliki prétend que le dit du passant déjà passé, c’est seulement une citation, déformée, de Karl Kasimir Théodor, dit Meyerhold, récitant au cours d’une soirée privée dans un appartement public, vers 36,  une lettre inédite de Lénine sur Le petit Joseph. P1000920P1210166

Voltaire, qu ‘on sent fatigué ( pourra-t-il tenir sa partie jusqu’à la fin ?) aimerait qu’on en finît avec cette Polka sans piqué, même si elle conserve de l’allure dans sa posture de buste à lunettes. Une semaine, ça va, pour un souvenir.

Ydit raconte :

« A M. on se croisait. Il y a juste un an, invité à une fête par ses profonds amis habitant M., il avait accepté de partager nuits et jours de son passage entre ceux-là et Polki zé Polka. Pourquoi non? Dormir chez l’un c’est mieux parler à l’autre.

 

Au premier matin,chez Polka zé Polki, levés tôt, on était allés à la plage, à M.IMG_20190715_0004

Les quatre s’étonnent comme un seul homme et trois dames : à la plage, Ydit ? Avec le sable partout, la mer nulle part, la position impossible pour lire dans les flaques d’huile solaire le destin festoyant des méduses? Et les courbures inédites de corps angulés par la fuite de l’ombre?

Ydit raconte : Invité, aimant à faire plaisir, il avait suivi le désir de Polka. Très vite, sur la serviette, elle avait dénudé ses petits seins.file6-3

« Vous voyez bien, je vous l’avais dit qu’on aurait droit aux seins de Polka, et pourquoi pas les genoux de Claire ?? C’était comment, déjà dans la SPO 104 ? « Son petit sein rond de boulangère pétri dans Le Brun de l’épeautre? »
Germaine – on ne sait pas cependant si elle croit à son dit – se demande si, dans cette histoire déjà longue, il est réellement, nécessaire de toujours invoquer  ses seins ou de s’en remettre à leur double tutelle?

Pour Voltaire, laconique, « Les femmes ont des seins et les hommes des yeux, quoi d’autre à dire ? »

Pour Marina, on préfère savoir ce que Polka fit de ses marchés de sable?

Ydit raconte : Dans le frais encore étale du matin demi nu, elle s’allongeait sur le flanc, bras plié tenant la tête

-« Mais  si j’ai compris, analyse Germaine, cela ne faisait pas tomber grand chose. Et Polki? « Ydit : Depuis longtemps, c’était devenu un compagnon  silencieux, vingt ans de plus que Polka, il avait tout juste marqué un peu d’étonnement, mais  la fragile distance de l’âge les séparait davantage que l’intérêt de l’impudeur

Toffin, MW Lecture couleur-8Elle s’était baignée dans l’eau très salée, revenait en jouant sa James Bond Girl de plage privée à M.

On en voyait beaucoup, et Ydit-respectueux- ne regardait qu’elle dans sa silhouette toujours un peu longiligne, malgré l’âge.

Dans l’après-midi, après le pique nique préparé dans une boite de plastique – riz, safran, huile d’olive, thon frais- une très longue randonnée à trois dans la mi-pente des montagnes proches.Ils avaient grimpé, sauté des ruisseaux, pris l’ombre des arbres pendant sept heures. les coureuses à la joie rouge (expo Geand Palais ) À la pause, Polki paraissait un peu hors de souffle, mais Polka- sans le montrer-essayait d’apercevoir des signes dans le corps, les jambes, le visage souriant d’Ydit.

Ycit raconte que leurs regards se touchaient dans une imperceptible complicité ne portant rien d’autre que le plaisir des résistances. Pendant le long retour, lacets de la route, Polka s’endormait, sur la banquette arrière, menton joint au torse, ballotté par le chemin, vaguement suintant de la bouche ouverte.

Il fallait attendre le passage d’un convoi de multiple wagons. D’un coup, se tournant  vers Ydit assis à côté d’ elle qui conduisait, Polki baisse de trois bons  doigts la ceinture du maillot de bain : tu as vu comme je suis bronzé cette année?petit déjeuner à la fenêtre

YDIT : Mais l’implacable SNCF -une fois encore- interrompt le geste. Ensuite , commence une discussion en lambeaux sur métier, sur politique : tout va de pire en pire, tout n’est plus rien, cascade un peu triste de linceuls pour l’après midi .

Au retour à M, on prend des douches- prudes. Polki prépare des salades au saumon, lent,  comme assourdi par le bruit en écho de la sieste interrompue et des fatigues continuées. P1210778  « Drôle de duo, on dirait qu’on ne les voit jamais de face mais toujours de fesses », ajoute Voltaire dans une élan peu compréhensible. Ydit raconte que Polki, de loin, ainsi que ferait un bon gardien du domaine, il observe parfois les deux autres, assis face à face suit la terrasse, jus de fruits en main.

Polka, raconte Ydit, pour dîner dans la lumière déjà douce, restait vêtue d’un encore très léger tissu à manches retroussées, clos d’une fermeture éclair verticale, ou à vrai dire pas si clos de telle sorte que sans le vouloir ( et peut-être en le cherchant)- les plus petits mouvements d’épaule renvoyaient à des ‘cuts’ de La Vérité ou des perspectives plongeants de grands paysages dodus-quoique menus.IMG_20190715_0001

-« Disons petits », rassure Germaine

« Mais bien faits, selon l’unique témoin vivant? »espère Marina. V3 lève vers le ciel et ses saints des yeux qu’on ne saurait voir.

Selon Marina, « pour ce genre de coups ( c’est son langage ) présenter les couverts à salade ou tendre la corbeille à pain relevait d’une authentique prise de risque, ou d’une parade pré-prendiale. » Selon Germaine, « ces petits feuilletés de sable à l’effeuillée, l’entrebâillé de table à La Vise moi ça, tout ça n’était soudain vraiment plus très honnête. »
V3 : « ll s’agit plutôt de … » Mais non. V3 ne dit rien , il tourne la tête pour observer les jeux des joueurs de l’établissement culturel le  104, dont il apprécie très diversement les pirouettes

Au fond, il s’en désintéresse, V3, de ce dîner absurde, d’abord on ne servait pas de cette sorte de verdure à la table de Frédéric, et puis l’entrebâillé reste une flétrissure d’époque, il n’a jamais trop aimé Fragonard ou Brantôme.

« En somme, conclut Marina, dans un concert de quatre voix aussi musculeux qu’un combat de catch à quatre dont l’arbitre aurait été vêtu de silence et les cordes faites de souvenirs, en somme, pour faire vivre l’écho d’un vieux souvenir ancien, Ydit, vous avez craqué la bulle fragile d’une mémoire bien gonflée au Ripolin, toute dépeinte de désirs rassis et de remords survoltés, alors hop, vous avez explosé l’avenir du souvenir. »

-« Cette petite girl, no doubt, elle a de l’avenir dans les stories, » conclut Voltaire, dit V3, Visionnaire, Vétilleux Valetudinaire…img_2501


 

A suivre, sous peu et même avant ça : S.P.O.108/  Et fin de semaine fin de série  fin de mémoire


 (on solde?).

 

 

 

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SPO n° 106 d’YditBlog : pour décoller au 104, la Polka des pinçons n’a plus besoin de ses gélules

Rappel des aventures lointaines ou moins de Polka et L’Orateur : une série a commencé,  dont voici le troisième et antépénultième épisode – enfin si tout se passe bien.

-« Vous inquiétez pas, Ydit, si besoin je vous aide ! Au fait, je peux te tutoyer ? prétend Marina. Richard, il voulait bien, et  au fond pourtant on n’était pas si intimes, avec le Millet « , prétend Marina.IMG_9119

Ydit ne nie ni ne dit.

On est toujours dans l’ étonnant mélange  de l’espace culturel du 104. Sur les sols de béton brossé où l’on faisait naguère attendre les cercueils populaires des parisiens démunis, des filles à l’âge léger font des arc-en-ciel, ou la roue, des amies se font plaisir en passant des cigarettes et des gestes.

Ydit s’est un moment assis dans le fauteuil de plage en toile rouge. La double bannière d’un hebdo sauvage et du maillot d’encore SPO marquent un territoire assez fouillis. P1000111

Ici, dans la confusion des temps de la mémoire et du funéraire voué au vivant, l’Orateur tente de superposer les oublis sans les détruire. P1000088

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Son public ne s’impatiente pas : il ignore.

Et les quatre comparses produisent de menus déplacements de la parole, comme ralentis par le bruit que font les filles dans le regard lorsqu’elles échangent des cigarettes par elles-mêmes cousues puis fumées,

roulent des hanches d’acrobate,

ajustent le short désolidarisé du corps par l’implicite frémissement des épisodes précédents .

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Des affiches publicitaires ont réussi à pénétrer le creux du 104, établissement culturel post mortuaire.

« Short : 47 % de réduction? « 

« Des fois, c’est déjà si court , tu te demandes comment on pourrait encore réduire?? »

– « On ne peut pas penser la même chose des SPO, matière respect des horaires », grommelle Germaine

-« Faut dire », commence Marina, étudiante modèle dans ses apprentissages mélés.

-« Non, vocifère doucement -comme eut écrit la Margot- la Russe Vassiliki –  non, il ne faut pas dire, dire c’est avouer, déjà, et l’aveu, Lubianka, et après ici, hop, au 104… »

Encore ignorante du fil  KGB tissant la toile des SPO,  – cet obscur rapport du Père avec les services -Marina s’étonne. Les autres estiment que, la Marina, va falloir qu’elle s’habitue.

– « On devrait pas les prendre si jeunes « , dit Germaine, « patauger dans les souvenirs que laisse la calotte mémorielle quand elle fond, ça demande un peu d’expérience ».

Ydit retourne au récit ( car à quoi d’autre revenir?) il en fait ( donc) l’aveu : après les jours si proches entre les quatre  amis d’alors, l’usage de gelovules, estimé intempestif (bien que rudement nécessaire) avait représenté comme la glaciation instantanée du mammouth , et dans le permafrost les défenses un peu déglinguées avaient commencé de percer la surface du temps, quinze ans plus plus tard.

Ydit rappelle : très peu de temps plus tard que la fusion des gélovules un matin après la course au bois, chez Polka,  improbablement, il avait dû partir assez vite assez loin, trop loin pour de petits bonjours du jour, trop vite pour des mots posant la suspension à la place de La Disparition.

 

Ydit raconte l’ensuite: depuis tout ce temps, ses relations avec Polka, dé-gélovulisées- avaient pris la tournure régulière et patiente de vieilles amitiés : brefs messages, rares rencontres à l’occasion de puissantes fêtes à vocation populaire, comme l’affectueuse sanctification (à Gori en décembre) des moustaches de Joseph-de-la-nation-le père, ou l’anniversaire teigneux d’un coup de pioche (malencontreux )par hasard égaré dans le crâne de Lev Davidovitch, au Mexique, vers la fin aoutle guerrier…Polka, tous ces jours de pierre que l’Histoire et le présent écroulaient sur les illusions des nuages, elles les ignorait.

Toujours fidèle au Tsar, aux stars.les deux copains

A présent, sans Jojo désormais, mais en le nouvelle compagnie de Polki dont elle avait des enfants, Polka avait réapparu à M.

On s’y installait, on y faisait carrière et travaux des jours. On apprenait à parler des langues moins slaves et plus suaves.

-« Moi, interrompt Marina en usant hélas des libertés qu’on donne excessivement aux jeunes filles héroïnes de roman, moi j’ai toujours du mal avec la langue. Pas vous ? »

monsieur-prevot-culture-sens-moral-culture-patriotisme-Picard Cabau Jughon Mon nouveau vocabulaire français

V3, (c’est vrai, on le voit vieillir) :

Il dit, à côté ( mais, songerait Vassiliki , dire à côté ce n’est jamais que mentir en dedans): « D’ailleurs, au Procope, si tu order une truite et que le Butler give you une tuile, c’est que ton English reste encore bien moins que fluent, Man. » Ricane ensuite, un peu légèrement.

À M., les auditeurs se souviennent ( et ça n’a pas de prix ) qu’Ydit devait y passer souvent,

 

y revenir parfois, s’en échapper aussi pour ses missions de Grand Investigueur en Petiotes Choses, mais surtout parce qu’un ami commun y avait posé bagages et famille.

Ydit raconte qu’avec Polka, de ci de là, de marées du vivre en passages de l’étal…

– « Le passage de létal, c’est passer de la vie à trois pas « ? Demande Voltaire , qui s’y perdvoltaire buste et cadre

– « Il ne comprends plus tous les mots », dit la Russe, « mais cela n’est-il pas la leçon de philosophes? »

-« D’accord, mais un Voltaire sans dico, c’est comme un DJ sans disco, un Audiard sans verve » , dit Vassiliki, naturalisée cinéphile, ( « Ou un Mercure sans ses verges sévères » pense Germaine, à qui les temps d’attente sur les quais ont permis de s’acculturer héllènophile).

-« Bref », re commence Ydit

-« Àh oui, bref de bref » trémousse et trépigne Marina ,

Ydit raconte que Polka et lui avaient croisé leurs regards et regrets, sans les maux de la parole, jamais seuls. L’ainée des enfants de Polka, cependant, percevait une tendresse un peu différente dans leur amitié quand elle voyait sa mère rire de rien en écoutant Ydit, ou que Polka ne s’encolérait pas si rudement pour la politique lorsque la discussion l’opposait à Ydit, sur la terrasse de l’appartement au soleil. C’étaient comme des mousselines imprévisibles et invisibles protégeant des morsures.

Parfois, Polka et les enfants (et même ce bon vieux Polki) passaient à Paris, et s’inventaient de rapides dîners place du Passé, une promenade au jardin du Luxembourg, une glace chez Raimo, rue de Cracovie. On reprenait le métro Place de la bataille de Stalingrad, dont Polka ne cessait de se montrer fière.

 

Chez Polka zé Polki, l’habitude du vivre nu avait maintenu des apparences de divergence sociale, de liberté couleur Est. Mais derrière la banalité des usages et la volonté de provoquer le petit-bourgeois , chacun ne parcourait plus que l’urbain bitume des différences sans vraie différence. Quand il y avait des visiteurs, on redevenait textile. Une étudiante de Hongrie ( et certainement pas Yougoslave) hébergée pour un colloque,avait rougi en découvrant des photos d’été,

 

on lui avait raconté que cela datait d’autres tentes.

Autour, peu à peu, la vie s’était amollie sur ses pudeurs de prude, ou même recouverte du voile noir des interdits.

Ensuite, quoi de plus ordinaire, les enfants Polka zé Polki étaient partis vivre ailleurs le temps des questions et des apprentissages.

Quand Ydit passait à M. et que Polki participait à un congrès, un colloque, un séminaire, une chasse au bison, une célébration de brigands, une trousserie de traductrices enamourées, Ydit avait été invité à dîner en tête à tête par Polka. Mais ils n’avaient jamais évoqué la séquence gélovules et tapis,

 

même si – assez bizarrement – lorsqu’ils formaient leur seul public à deux, une forme de complicité plus qu’amicale donnait à leur discussion des allures de vieux rose, de faïence usée, d’écharpe longtemps séchée au grand soleil d’ici. Encore des reflets d’une vraie teinte d’origine, mais les franges lassées s’effilochent sans nostalgie comme sans attente.

Germaine et Marina, presque en même temps, s’étonnent : vraiment plus rien, quand ils étaient seuls, Ydit et Polka?

V3 ( qu’un bon coffee incendie pour un éclair ): Polka sans doute pensait, appuyée par la dialectique : « Bah, le passé c’est le passé »

-« Contre ça que vouliez vous qu’il dit? »

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A suivre, sous peu et même avant ça : S.P.O.107 . Dressée au gros Rouge qui  tue, Polka mène son petit blanc à une pure absence.

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SPO n°105, toujours autant de sang sec au 104 , c’est la Polka des mulots

 

Rappel : au 104 pour la 104, on remonte aux racines :  on vide à trois la pavillon de la grand mère rescapée.

On éparpillerait les douceurs  des cartes postales et lettres d’enfants, on éviscérerait l’épaisse armoire,on déposerait dans les ombres à la lisière d’un champ de blé vert un nid de mulots découvert au cellier. On trouverait dans un tiroir la carte immatriculée d’ancienne des camps, on n’oserait y toucher…

On avait mis au frais dans le ruisseau le vin blanc  disputé  aux mousquetaires de la route.

 

Ydit fait le récit des émotions, et du blanc sec séché à trois. Depuis le hammam ou l’Ardèche, on se permettrait une somme de libertés dont l’addition posée d’un regard pointu par un censeur autant éberlué que castré,- mais n’est ce pas au fond la même chose ? – ne rendait toujours pas libertin- mais insoumis aux pudeurs faciles de l’entre-soi.

Polka aussi était allongée, torse nu, sous l’arbre, et sous l’ombre de son Jojo bien pendu. On avait parlé Histoire et politique (Polka était la fille d’un opposant parmi les plus célèbres de la République d’alors), elle revendiquait l’héritage des Vieux de la  de la vieille Rouge la plus rouge que rose. Puis on avait un peu somnolé. « Trop chaud, avait-elle dit, je vais prendre une douche. »

– « Après le déjeuner »? demandait Jojo. Elle allait vers le pavillon, dévêtue

– « De lin blanc et de probité candide », ricane V3

-« Mais si peu vêtue qu’on l’oublie », s’amuse Germaine-des-rails,  née trop tard pour ces facilités d’époque. Dans le silence, revient le bruit de pas sur l’herbe, les garçons rouvrent les yeux. Polka, malicieuse et nue entièrement : « C’est idiot, je vais me doucher mais je laisse la serviette de bain ici »

-« C’est dans cette tenue que tu te promènes? « s’étonne JoJo, ignorant l’allusion théâtrale.

-« Bien sûr, dans  la tenue d’une  qui a oublié sa serviette, quoi d’autre?»

– « J’imagine, dit Marina, qu’elle prenait son temps et des poses, je vois bien les mouvements sous les ombres et dans les yeux, après ça, Ydit, vous me feriez des reproches parce que je me suis mal conduite naguère en compagnie de Richard, dans son roman? »

Ydit cesse le jeu avec l’incertain cube rouge placé au centre du 104, mais ne casse le récitOn posait  des étoiles sur le litre ou les épaulettes de l’armée du peuple, et La Grand Tireuse vous emplissait de sales souvenirs rouge-feu, pas une minute à soi pour compter ses oublis, c’était Le Temps où l’on croyait encore que le corps pouvait vivre sa peau dévoilée sans son appétit de désir.

Il dit qu’il avait pris du plaisir à observer Polka, ses glissements de géométrie soyeuse dans la sévérité de la silhouette, ombres rondes et lumières roses, pendant qu’elle ramassait avec lenteur la serviette, gestes mesurés pour le regard. L’image ressemblait aux courbures du corps devant la baraque de tir, ou les baraques à frites, à la fête des humains, mais tout tissu évaporé dans le chaud sous l’arbre. YDIT : Elle m’avait fait un petit signe de la main juste avant de s’effacer dans l’ombre carrée du pavillon. Jojo avait haussé les épaules, faute de pouvoir lever un sourcil : les mœurs du temps ne le permettaient pas pas.

Ydit raconte : un matin de mai, peu après, au retour d’une course à deux dans le bois, Polka invitait Ydit à passer plutôt chez elle pour la douche, c’était plus pratique cette fois. On avait longtemps laissé refroidir le thé russe, assis sur le tapis, une lumière venue d’ailleurs éclaircissait les pénombres du corps sans dissoudre l’épaisseur d’un désir qui savait se poser sans s’écraser.

Ils étaient ainsi assis aussi. Et rien n’advenait. Ydit regardait autrement Polka, qui le voyait la regarder plus précisément, elle observait  en souriant comme un épaississement pas que du regard.

– « Vous nommez cela s’épaissir? « goguenarde Marina, moi je dis…

-Ydit : Se retournant vers un meuble et le tiroir d’en bas, impudique encore dans le mouvement, et cette fois le désirant , Polka disait- ouvrant une boite rose et verte : ’Moi, c’est des gelovules, ça fond très vite, tu verras, ça ira ?’

Ydit se souvient très bien que cela fondit à temps.

Marina demande si elle était bonne ?

-« La douche ? « demande V3, probablement peu averti de l’usage de ce type de gélovules,

-« Polka,  tiens, qui donc? »

Sans répondre- mais tout récit est une réponse à des questions  encore à poser comme disaient les écrivains de l’époque- Ydit raconte. Ensuite, ça avait été très étrange.

Jojo( car on ne cachait pas les petites parallèles du quotidien) avait semblé affecté-en dépit de la morale d’un temps décidé à n’en avoir pas.

-« Tu parles, riposte V3, le morale c’est comme les actions de la Compagnie des Indes de Monsieur Law, tant que ça grimpe, t’en as, et dès que ça descend, tu vends » .

Le sourire de l’autre  fille, qu’ Ydit aidait à s’endormir, n’avait représenté qu’un masque forcé, en apprenant que Polka et Ydit  s’étaient mélangé les gélovules. Du coquin, pourquoi pas, puisque c’est ainsi de nos jours, mais pas de coquines, de copines, de cousines! Surtout que, franchement, si c’est pour le nu de Polka…

-« Bref, suggère Germaine, les gélovules qui fondent vite c’était une bêtise. On a toujours le ventre plus large que les idées. »

-« Tiens , dit Marina, je ne l’aurais pas dit comme ça, mais au fond ça décrit bien votre époque, Ydit, non ? »

Ydit : les quatre amis s’étaient un peu évités, ensuite, plus de sauna, plus de tennis, plus de fête des humains, ou des copains de la rue, et Ydit n’avait pas revu Polka seule à seul .

Et puis, très peu de temps plus tard, à l’impromptu, il avait dû partir assez vite un peu loin, trop loin pour de petits bonjours du jour, trop vite pour des mots posant la suspension à la place de La disparition. On ne roulait plus désormais sur les mêmes vélos dans les mêmes chemins creux de Mayenne. L’histoire perdait son rail.

-Sagesse de Voltaire : Il s’ébroue, commande un café : » Plus un rail est rouillé, mon bon Ydit, moins les poules picotent la crotin des locaux entre deux passages »

-« C’est assez obscur, pour un type des Lumières, » réclame Marina.

-« Ah, dit plutôt Germaine, c’est vrai que les voyages c’est bien, car les locaux motivent. »

Vassiliki, depuis plus de cent SPO (mais ne surgit elle pas bien plus tard.?) admet l’incongruité de ses partenaires de scène, leur goût pour ces mélanges de langue, un peu de poésie apparente et des jeux moitié Audiard moitié almanach.. Cependant?  dit-elle.

Nul ne répond

 

Ydit se tait. Autour, les acrobates du 104, les chanteurs de jazz blanc et les photographes de rues vides continuent à exercer leur talent gratuit pour un public passant plus vite que leur ombre.

 

-C’est pour ça que j’aime venir dans les grandes cours du 104, parce que tout le monde ici fait ce qu’il veut et que tout le monde passe sans rien dire. On parle sa solitude sans être solitaire. Comme une Séquence Publique d’Oubli, en somme …

« Mais la disparition sans suspension, c’est la fin du récit ? » se déceptionne Marina, qu’on a en effet connue  habituée à des ombres plus denses.

 

 


A suivre, demain ( sans doute ) :  Séquence Publique d’Oubli au 104, première série d’été, Yditblog numéroté 106 pour décoller au 104, la Polka des pinçons n’a plus besoin de ses gélules

 

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Yditblog SPO n° 104 : 104 au 104 égale la tête à Polki ou Une Polka à poils ras.

Ydit, fort : »Elle est retournée dans la cuisine, et j’ai seulement alors vu que son petiot short rouge était vraiment  serré »

– « On s’en doute, ça, vous remarquez toujours, rouge ou vert, le short, personne ici ne vous reprocherait votre manque d’attention à cette partie du monde en marche.» grommelle Germaine. Elle s’imagine accompagnatrice de bord dans une compagnie ferroviaire exotique. Smart et polyglotte, cravate Mercure sur chemise Hermès, elle regarderait passer les touristes en route pour Ferrare, Mantoue  et d’autres torpeurs mousseuses.

« On peut toujours rêver », se gausse V3,« encore faudrait-il l’intelligence d’une madone et un deux pièces Villa d’Este. »IMG_1385

Mais les Séquences Publiques d’OUBLI mênent leur vie, leur bon train.

Dans le hall du 104, Ydit a commencé plus tôt la toujours implacable parade de la SPO,  comptée numéro 104.

Au 104 , le 104, c’est l’adresse.

Ydit tente à l’établissement culturel dit « le 104 » de reconstruire un carré de fidèles : ils sont là, quatre usuels comparses un peu usés par leur figuration aimable d’usagers sereins. Ils ne sont pas seuls : les passants du quartier viennent ici donner pour d’autres Semblables le spectacle gratuit de leurs entraînements solitaires. On échange, on brocante les spectacles inaboutis, on  expose les travaux en cours. C’est le 104.ERspace municipal vaste, ouvert à tous les quartiers du coin, sans pitié pour qui vient s’y exposer. On passe montrer à des publics  volages mais bienveillants ce qu’on a inventé avec amour dans le silence du  miroir.

« On fait vite? » demande Voltaire, dit V3, en raison de ses vernis comme de son décapant :  « Je manque un peu de temps, ces temps-ci, voyez-vous,  cher Ydit bibi, c’est dû à l’age »

Tout en se promouvant d’une hanche habile vers le premier plan, la petite nouvelle, pas si neuve toutefois, Marina, (voir et revoir les six ou sept SPO précédentes, on ne peut tout de même pas tout raconter de nouveau comme si c’était du nouveau)  Marina sobrement abuse de l’anticipation, arme fatale du narratif, comme le verbe croire est l’ennemi de l’impératif :  « Tout à l’heure, Ydit, vous direz : « son petit sein rond de boulangère bruni par l’opacité du seigle…« , non, je me trompe ? »p1210774.jpg

 

 

 

 

Ou, mieux : « Son petit pain bleu de boulangère pétri dans la densité de l’épeautre, et il y a quatre épeautres, vous savez, pour les évangiles  des moissons? », dit soudain la Russe, Vassiliki la bien nommée,  avec un accent qui ferait de l’épeautre une épaule où pleurer, si l’humeur y était, y es-tu?

 

 

Ils regardent Vassiliki, surpris. Elle s’explique, s’excuse, s’expose : « Je cite un poème de l’Ukraine après la moisson du Père des Peuples. Vous allez raconter Polka, et votre Polka toujours admirait le Petit Père des Peuples, non? »

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Ydit : Puisqu’il faut aller vite au terme, hâtons l’origine, non?

Enfin, Ydit raconte qu’il va raconter PolKa. Et aussi Polki, peut-être un peu. Surtout Polka, oui Polka nous voilà.

Il récite que, en réalité, les premiers moments de leur histoire relèvent quasiment de l’archéologie intime, et se mettent à jour avec le fouillis d’une enceinte médiévale découverte par les travaux du parking de l’église, puis voici que surgit le mur des Romains, pierre rude des émotions et brique tendre des mémoires, aussi un peu de parois de terre sèche gauloise, des marches, des angles, pour finir apparaissent des os que la chair a quittés, en vraiment très sale état, cimetière   de mémoire si ancien qu’il n’est plus nécessaire de prier depuis longtemps pour racheter le poids des âmes mortes. Ou des souvenirs déchus. Des pioches arasent les passés. Ainsi est l’archéomagnétisme de la fouille mémorielle, on le sait, tu programmes une tranchée pour les tuyaux de la vie, et tu finis sept couches plus tard en avalant les témoignages de jadis, drogue d’adrénaline, contre le choc violent d’un passage de scorpion dans les fissures du vieil oubli pas bien naturalisé.

 

À propos de funérailles, le 104 est ce lieu superbe et paradoxalement vivant qui fut l’espace funéraire central de la ville de Paris : salles, marbres, entrepôts, couloirs, vastes sous-sol.

C’est devenu l’endroit ouvert et libre où l’on vient s’assoir, parler, manger des joints et fumer des pommes,  parfois passer la main dans le dos d’une amie ou remonter en colère la  fermeture éclair du chemisier, enfin se donner en spectacle et de rencontrer les voisins du quartier comme les amis venus de loin, parce que certains jours c’est assez de ne montrer qu’à son miroir sa propre vie. On tend à l’exposition du chef-d’oeuvre.

 

 

Alors on vient boire un coup de rouge avec un copain noir ou un petit noir avec un copain rouge, ça dépend de l’heure, la langue permet tout si l’on y met les bonnes couleurs?

« Et donc? » S’impertinente Marina, décidément trop jeune encore pour aimer les prémices ou les programmes de visite.

 

 

 

YDIT : «Il y a quarante ans, avec Polka, et c’était alors Jojo son double, et avec Libourne- qu’Ydit aidait à s’endormir assez souvent- ils vivaient en partage trieur et câlin des jours  mixtes au  hammam de la rue des Rosiers. ydit grognon mais ça ne va pa durerIMG_1952On était amis, on se retrouvait là,  on y buvait du thé à la menthe brûlant, sur la mezzanine. Dans la salle de repos, des gros hommes ronflaient un peu, et l’on écoutait des  copains anciens, serviette blanche nouée autour de vastes reins, disputer de volumineuses parties de rami, arrête, Serge, tu triches. C’était pareil avec le tarot, tous les Serge trichaient. la piscine du hamman n'a rien perdu de sa Polka

Les quatre sêchaient ensemble leurs sueurs, simplement parés – plus jeunes – d’une vigilante nudité soucieuse de se monter sans s’afficher. En ces temps, il y avait comme l’habitude un peu sotte, au-delà  des habitudes un peu fortes, de montrer le plus ou moins Grand nu, descendant ou pas un escalier, dans les profondeurs du hammam.

C’était une forme de choix vaporeux couleur de peau chauffée. Les soirs de grande émotion, si par exemple un mouvement populaire avait cogné le gendarme de guignol, ou si des élections en banlieue s’affichaient rouge, Pölka s’amusait à la farce bourgeoise de l’avant et depuis, par dérision : la même pose, pour le photographe Ydit, Polka vécue en textile d’époque, ou montrée en pure plaisanterie sans plus rien que sa peau sous l’objectif.

On ne peut pas dire que Jojo appréciait cette modalité impertinente de ce qu’il nommait l’humour de classe. Malgré tout, plus tard, avec d’autres, puisque le premier linge était tombé au sauna-pour des vacances-on descendit l’Ardèche, nus  encore, et  en kayak. le kayak de Jojo  Sur les bords, dans l’eau à faible flux, les voisins aussi prenaient l’ombre des arbres pour unique vêtement.  À la nuit, peau brûlée partout, on s’habillait de vieux jeans et de baskets blancs pour aller ensemble écouter les discours révolutionnaires et les concerts-tumultes, dans les fêtes populaires qu’organisait un quotidien alors pétri d’humanité.

 

 

Sur la rive d’Ardèche, à l’étape, on avait éludé la proposition d’un gendarme qui faisait encore plus nu sans son uniforme, et qui proposait du Ricard et du milet.

 

Pour la fête, on acceptait toutefois les petits rouges si frais que les tenir en main forçait l’ébriété

-sinon l’estime.file5Inkedgorges de l'A_LI

Ydit raconte(enfin) qu’ils avaient assez de temps pour en perdre un peu. Aussi, on jouait au tennis, on allait courir dans le bois, on lisait des livres, souvent à deux qui n’étaient pas le couple, mais on n’entendait rien de ces dialogues parallèles.

Ydit raconte ( il tente de se hâter) la simple amitié un peu tendre, un peu mièvre dirait V3 s’il n’avait pris congé le temps d’une vaste somnolence, l’amitié assez complice, trop intelligente, et que les moments déshabillés couvraient d’une teinte un peu légère.

« Nous, les filles de notre génération, ces choses là, on ne sait pas, vous avez donc raison, Ydit, de rappeler. C’est bien d’empêcher l’oubli. »

Germaine protesterait : Ydit, c’est justement l’inverse. Mais l’inverse de la volonté de l’oubli ne prendrait il pas la forme d’une exigence de mémoire ? Au 104, il est trop tôt encore : les sophistes d’après le spectacle ne sont pas encore arrivés. Germaine ne dit rien.

Aussi, pour son public à l’usage inattentif, Ydit raconte ( mais comment rouler vite dans une mémoire si vieille?) qu’au début de l’été, ils étaient ainsi allés à trois, Polka, Jojo et Ydit, terminer de vider en Dordogne le pavillon de ciment et de bibelots que la grand-mère venait d’abandonner d’un coup, pour cause de décès. Il n’y pas de motif plus sérieux, à cet âge..

 

 

On éparpillerait les douceurs  des cartes postales et lettres d’enfants, on éviscérerait l’épaisse armoire, on déposerait dans les ombres à la lisière d’un champ de blé vert un nid de mulots découvert au cellier. On trouverait dans un tiroir la carte immatriculée d’ancienne des camps, on n’oserait y toucher…

On avait mis au frais dans le ruisseau le vin blanc  disputé  aux mousquetaires de la route.

Vassiliki semble hésiter sur le sens de cellier, la sellerie lui échappe, la selle, pour elle, est hermétique.

« -Certes, certes, et donc ? » brutalise à nouveau Marina, dans la jouissance des précipitations de mémoire qu’on sent ralentir. Comme s’il fallait attendre que les feuilles de passé chutent d’elles mêmes, alors qu’avoir vingt ans c’est justement tousser sur les arbres de souvenir. « Allons plus vite », va dire sans cesse Marina, « escaladons la fulgurance du présent ».

 

 

« Yeah, yes!«  dit V3 réveillé (il love English),

« Yes, Man, les voyages forment la jeunesse mais ils faut oublier la gourde, et ménager sa tonsure, surtout si on va à Des Moines! « 

« Des fois, dit Marina,  votre vieux pote Voltaire, le fameux V3  plus vif que toute bombe volante, des fois, là, on l’aime bien, quand il est embué dans ses Lumières, mais tout de même, ça commence à dérailler un peu, non ? »

 

 

A force de penser, un ce ces jours il va se prendre pour Deleuze. « 

Germaine-des-rails : « En attendant, encore un train de récit qui n’a pas quitté le quai, on part quand? »

Ydit prétend qu’on est partis : l’oubli du jour – un drame pour finir- commence par les racines, comme toujours. En conséquence de quoi ce dit du jour, ceci d’Ydit, est la part première du récit. On en comptera cinq.

« The part One, in fact, isnot it«  anglicise V3- dont les déambulations linguistiques sont de plus en plus transfrontalières.

Marina dit qu’elle va sans doute finir par s’habituer à ce rythme, genre apéro de maison de retraite, après tout avec ce bon vieux Richard Millet ça ne progressait pas bien vite non plus, mais …


A suivre très vite qu’on le veuille ou non : S.P.O.105 : Toujours autant de sang sec au 104, c’est la Polka des mulots!

 

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Yditblog, SPO n°100/103 quatrième et dernière partie / l’Air Solide n’est pas fusible dans l’actif : Introducing Marina, clap de fin – enfin

INTRODUCING MARINA, quatrième prise : cette fois on en voit le bout .

Rappel : les trois précédentes Séquences Publiques donnent à voir (et un peu aussi à lire) l’intronisation de MARINA en tant que nouvelle comparse des OubliEs.


 

     Dès la fin des longs rapports répétés de l’après-midi ( on ne sait toujours pas pourquoi sourit V3), les questions bouleversantes griffaient l’endormissement d’Ydit qui était venu à l’AG des actifs en curieux passif .

     « Ydit, raconte Marina que rien n’arrête ni même une promesse de promenade au phare, on le percevait séparé entre grand sourire et vif agacement. Il dénombrait les survivances pileuses dans la plage de calvities, résistait aux effluves de Guerlain 69 ou Opium New Wave que dissipaient en passant des dames à la vessie dissipée, n’écoutait que d’une oreille – sans appareil – les observations flatteuses et les décomptes étourdis de participants semblait-il intéressés (ce qui représentait sa principale source de stupeur). »action jeu cravate

 

« S’amusait-il ? » s’enquiert Germaine-des-rails, dont la vocation maternante est proportionnelle au goût des horaires bien rodés.

 

« Il s’amusait, répond Marina comme si  sa parole désormais portait l’intérieur du dit d’Ydit. Pour enrosir encore les projets de l’Air Solide, Président ne cessait d’employer le mot Liquide, liquidités, fluidité, cache-flot (que V3 n’écrit pas ainsi), paradoxe du lexique. »

Selon Marina, les questions témoignaient avec cruauté : ici, dans l’AG des porteurs d’action de l’AIR SOLIDE, les vieillards pensaient l’avenir sous la forme d’un placement, d’une cagnotte à ne pas déterrer.

 

« -Comme si, s’étonne Marina -dont on découvre qu’elle peut, comme chacune, avoir le dos nu et les reins solides en matière de raison, – comme si dépenser les talents de la mémoire n’était pas la meilleure route vers l’achèvement d’un devenir. »

« Bref, dit Marina ( et c’est vrai que c’est un peu long pour un premier rapport murmure Vassiliki) , tout en priant  d’un regard V3 qu’il lui fasse une place dans son éponyme fauteuil , donc YDIT regardait- amusé stupéfié- les visages et les usages de ces corps usés seulement préoccupés de calculs imperceptibles et  de développements incompressibles,  Air Solide for ever. »Inkedliseuse _LI   

On la perçoit rêveuse.

« Je ne comprendrai jamais, concluait-elle en ajustant son délicat volume dans le fauteuil, ce qu’il est allé faire dans cette ornière ? Volière ? Fondrière ? Poudrière? Crémaillère? »

-« Mais, suggère ensuite Germaine, YDIT on le connaît, il l’a souvent raconté, la curiosité est le souffle de son mouvement, l’âme de son violon, et l’origine de bien de ses errements. »

 

Il va au nouveau comme la souris à son grain empoisonné.

    Dans le silence qui succède à une telle analyse- ou un tel raccourci narratif-, chacun imagine la foule très lente des petits ( « ah non, pas si petits ») porteurs d’Air Solide, qui reflue de l’amphithéâtre à la fin de l’AG usagée. Il y a des bavards, remontant avec peine l’escalier encombré. On peine à l’escalade quand on a descendu les marches du dividende.

 

« Ah, vous avez vu, Monsieur, je suis parvenu à trouver une place juste en face du Président Airsol, au moins je peux discerner s’il ment ou pas, ensuite je vends ou pas » .

 » Monsieur, vous avez déjà vendu ? Moi, j’ai l’Air solide en poche depuis trente ans, je ne m’en suis jamais allégé ! Je suis célibataire, sinon je l’aurais légué à mes enfants. »

 » C’est une bonne Compagnie, conforte une dame à cannes, et un bon Président, on ne peut pas en dire autant de, vous voyez qui je veux dire. « 

     Vers le haut des marches, inquiète tout de même de l’évacuation gluante (« Et s’il y avait eu l’alerte Attentats? »), elle raconte, soufflant un peu, être venue de Calais juste pour affronter cette jungle de l’AG, sans même se plaindre. « Reconnaissez que nous aurions mauvaise graisse à nous peindre, euh je veux dire, à nous plaindre, enfin mauvaise grâce «  s’empataude un voisin aussi tassé qu’ harassé, mais qui lui tend la main afin qu’elle parvienne tout de même à gravir quelques degrés vers la sortie.

V3 hausse les épaules.  Avoir L‘Air Solide, on peut juger ça consternant, mais ça attire des amis. Toujours ça de prix. Il regarde autour.  » Bon, YDIT reste en vacances, dirait-on, mais nous voici à nouveau quatre. »voltaire oublies 2InkedSPO noire nue tumblr__LIIMG_2051 IMG_3828     dit-il.

« C’est un délice sans orgue ( car je suis laïc) de vous accueillir à mon tour ici, chère et désormais bonne compagnie Marina, et bon vent à vous avec nous, pour les OubliEs et  Silences, après l’Introducing Marina ! »


didier jouault pour YDITBLOG, Séquence Publique d’OUBLI n° 100-103, séquence exceptionnelle, fin.

 

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