Yditblog S. P. O. n° 84/ 108 La présidente s’évente, me tente, se vante, s’invente, et me hante. (3/3)

Le Réseau-à-clavier est une vitrine de mémoires un peu sale, un grenier de passé plus ou moins mis en conserve sur les étagères boulimiques où s’échangent d’obèses messages.

 


rappel ( deux précédentes SPO) :

     République TROMé avait voulu que la nouvelle loi, qui lui était largement due, devienne réalité, pas rien que des mots, et d’abord en cette terre d’élection : la sienne, épartement où Ydit était l’un des directeurs des services de l’Etat.

     Des années plus tard, bousculés par l’étrange intuition désordonnée des claviers, leurs noms se rencontraient. La nouvelle Présidente de la Caisse lui suggérait de « passer ». Elle lui proposait, outre de plonger la main dans le sac rugueux mais sucré des chouquettes, de prendre place in pace auprès d’elle, en toute discrétion. Tel un silencieux Ancien  sorti de l’échiquier, un fou sans règle, un pion sans blanc,  ou comme un Gratuit jetable qu’on distribue pour l’entrée des Conseils à l’ouverture, café en main.



YDIT raconte :

     Le quittant, la Présidente lui avait jeté quatre ou cinq feuillets à commenter. Ydit savait lire vite, préparer des notes (d’autres SPO, d’ailleurs, ici, balisent sa brouillonne randonnée de serviteur nyctalope vers les bureaux illuminés d’Excellences ).

 

– « Que fais tu, s’amusait la compagne, l’observant piétiner le clavier à grandes enjambées,  au milieu de la nuit ? C’est ton soir de Pascal illuminé? Ton pilier de Claudel? Ton mémorial de sainte campagne? «  Il répondait : « J’écris pas Lude ». Habituée au choc des approximations, elle retournait au lit. Ydit consommait les touches noir et blanc comme un plongeur sous marin sa tétine d’oxygène.

     Dès l’aube, il adressait  la note – écrite d’une main légère et bénévole- au Suprême Ordonnateur du Cabinet de la Présidente de la Caisse.

 

    Les ITT ( l’Infernal Trio Tintinnabulant) étaient en I.T.T. – suite à un débat un peu vif  sur la couleur des vêtements à la mode -. A défaut, on aurait pu entendre Germaine demander si la réponse était arrivée à l’heure cette fois, ou V3, le Vieux Vaticinant dit Voltaire, s’interroger sur la valeur de ce qu’il écrivait…

 

…ou encore la slave et blonde Vassiliki ( apparue/disparue dans le décor des rues) tenter de lire par derrière l’écran, afin  d’enrichir son rapport sur les activités pour les Organes, toujours en projet.

-Et alors ?

YDIT : Alors, rien, on ne sait pas, justement. Rien.

    Selon des usages communs, faute de réponse- ou même d’un simple accusé de déception- Ydit s’enquit : « Avez vous bien reçu ma note à temps? »

    La suite n’était sans doute à la portée de personne, ni second violon, ni sous-fifre, encore moins grosse Caisse- bien que celle de la Présidente fût riche en concerts de louanges distribués sur les kiosques. Silence, courant d’air sur la balance. Étonnante impression d’être mis à nu par des atrabilaires même. Pris pour fruit, sinon cible.

 

 

    On connaît la belle liberté de route des institutions en déroute. Ydit tenta donc de comprendre comment cheminait le melimelo du discours vers l’impétueuse Présidente. Il essaya de suggérer un nouveau rendez-vous. Il s’adressa au Chef des Agendas et des Chatouilles d’amour propre, agent ténébreux et brillant comme un cirage confondu avec un dentifrice. L’homme aimait prendre des poses qu’il voulait avantageuses

 

mais ne savait  sans doute ni lire ni écrire, et ne répondait pas non plus quand on épelait un message ( et si l’on empilait un massage ?).

    –« J’en parle à mes vice-Présidents, et je vous rappelle aussitôt », avait dit République TONPRé, lors de l’entretien café-chouquettes.

Et ce fut comme une disparition.

    Ydit derechef s’enquit : Vice-Présidents :  Rastapopoulos en rhinocéros ? Claude Frollo après Esmeralda? Fantômas à la masse ? Sauron et ses anneaux de plomb? A moins que The Présidente ne fût une alliage de Folcoche et Lolita, double et trouble étourdie oubliant ses avances?

    Ydit s’amusait de récits – car que faire d’un Mépris sinon un film ? Fuyant ses propres peurs et certitudes, poursuivie par Rastapopoulos les mains pleines d’or noir, retroussée par ce frelon de Frollo prêt à darder sa piqure, poussée dans le coin du Ring par les seuls ricanements du « Maître de Tout et de tous », République Tromé n’avait pas eu d’autre solution que de sacrifier Ydit – pauvre petit vieux qu’on avait jugé un peu délabré, malgré ses efforts pour écrire droit et se tenir juste.

 

     Dépouiller le vieil homme est une technique solitaire plus amusante à plusieurs.

    Abandonner un Ancien sur le bord du silence, le poser à peine allumé dans le cendrier de l’entrée, haut-parleur  du quai annonçant la fin du service ?

    YDIT raconte : Usant de formules simples et privées de reproche, j’avais posé un ou deux derniers messages, souriants et sans ambage, directement destinés à La Chef, sur deux ou trois des réseaux, où nos noms s’étaient croisés, au début de ces brèves retrouvailles.

     Mais pas un mot. En quinze jours, vaillante et rapide comme une guerre éclair, La Présidente avait déjà épuisé la ressource.

Quittant le quai,   déshabillée en  pure   absence. La Présidente disparue. Pas le temps de la retrouver.

 

Ydit avait abandonné l’inutile poursuite.

 

    – Et sait-il enfin ce qui a eu lieu ? Après tout, République Tromé n’aurait-elle pas ( elle le pouvait) lu d’un œil suffisant la liste des si nombreux Frères d’Ydit, et jugé la famille encombrante ?

    Ydit : A moins que, sur ce réseau même où leurs noms se croisaient, découvrant les « Séquences Publiques d’Oubli » elle n’eût craint d’y être mêlée ou mal menée ?

Germaine, V3, Vassiliki, de loin, s’ égaient : En ce cas, tant pis pour Elle, mais c’est triplement raté !


didier jouault  pour Yditblog 84  La présidente me hante


 

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Yditblog S. P. O. n° 83/ 107 La présidente s’invente, me hante, s’évente et se vante. (2/3)

 

 


Rappel  ( SPO 82/106) TABLEAU UN : Vous ici, je vous croyais sans vieux os 


Pour cette fois glissant les yeux sur l’écran et les doigts sur un réseau, YDIT retrouve « La Présidente » TONPRé- depuis peu nommée à la tête d’une lourde institution. Elle lui dit de passer voir. Il vient, il voit, Elle commence à peine le travail- dans les frous-frous, mais Ydit parait accepter d’au moins envisager de se mêler à l’histoire.


EPISODE DEUX :  le tarte et le méritoire

     Le Réseau-à-clavier est une vitrine de mémoires un peu sale, un grenier de passé plus ou moins mis en conserve sur les étagères boulimiques où s’échangent d’obèses messages.

    YDIT raconte : Personnellement, j’avais connue République TONPRE quelques années auparavant. Alors, je dirigeais dans mon domaine le département de Z, elle en  était l’ élue, il fallait parler entre gens sérieux, car chacun voulait s’intéresser à ce « domaine » :

 

     Parler, d’autant plus (et si possible mieux) qu’elle avait contribué de toutes ses passions au vote d’une loi. Pas une petite, comme de savoir s’il faut que le mur des jardins publics ne dépasse pas 1,75 mètre , étant admis depuis une autre loi ( mais une vieille, une qui sent un peu le terreau, la feuille morte, l’ombre fumeuse d’un Angora en visite de touriste ) étant connu (car admis serait trop dire) que les municipalités, ville ou champs ne peuvent pas construire de murs de jardin en-dessous d’un 1,25 mètre, pour d’évidentes raisons d’hygiène et de sécurité – sauf s’il s’agit de grillages,  bien entendu…

 

…ou à la rigueur de treillis plantés au lieu de bâtir (et qui ne sont pas des murs à proprement parler, ni à salement le dire)- mais alors la nouvelle loi ne s’applique pas, s’agissant de clôtures métalliques et non pas de maçonnerie- encore que la maçonnerie demande souvent qu’on laisse les métaux à part.

     Bref : une nouvelle loi qui marquait la volonté nationale de désormais prendre beaucoup mieux en charge une Population Remarquable.
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nombreuse dans le département.

     Le métier de directeur dans le département est de faire pousser sur les terrains du réel ces grains d’ivresse que les élus sèment en s’aimant,  grandes embrassades un peu multicolores et très ornementales, tendance nuit du 4 août, en tout de même plus petit-et sincèrement moins durable, mais on aura tenté. Ce qui est méritoire, à défaut d’être exécutoire.

 

    YDIT raconte : La loi votée, je l’avais souvent vue, la pas-encore Présidente, dans mon bureau, dans le sien, au Conseil, au Parlement, où elle aimait convier à déjeuner- agréables souvenirs de gourmandises républicaines. Parmi les inepties acceptées avec curiosité : les déjeuners guillerets, en particulier au Sénat. A la douceur admissible des mets (tarif parlementaire, et on est invité, c’est la tradition) s’ajoute le plaisir radicalement puéril de voir le fameux Sénateur Gégé s’arrêter près de la table, pour tailler une parlotte entre amis, dans le son de l’après-midi d’un faune, qui gambade dans le jardin.

 

     Là il bavarde deux instants, et délivre de sa cage en toile d’araignée  un secret urgent à connaître :  » De Ravoilubion accepterait d’intégrer la commission, en suppléant, désolé pour vous ».

    Puis s’échappe, sans observer les tranchées de désespoir que son obus à fragmentation mentale produit au milieu du charriot de desserts.

     Dans le département, puisqu’elle n’entrerait donc pas dans la commission, mais aussi par juste conviction, République TROMé voulait que sa nouvelle loi, devienne réalité, pas rien que des mots,  d’abord en cette terre d’élection : la sienne. Elle  surveillait le moindre décret comme  une descente rouge de cheminée à pompon blanc,  et serrait la main des directeurs de l’Etat comme si elle guérissait  les écrouelles.

     La tentation était louable et l’intention forte-ou l’inverse?. . On déjeunait brièvement, je lui faisais le point sur le département, les chiffres, les réunions, les mots des gens.

 

     Non par devoir, mais parce que la cause était bonne. Et puis, c’était une femme au commerce agréable- bien qu’à solde neutre. J’eus même l’occasion de lui rendre service, grâce à ma fonction, et dans le respect du droit, pour une fille, un neveu, je ne sais plus. C’était un peu « tarte », un peu  » poire » et méritoire, de ma part, sur le tard.

     Ensuite, banalement, les années suivantes nous étions restés sans nous rencontrer : elle n’était plus élue, j’avais changé de territoire. Quelle raison de continuer à déjeuner?


A suivre, sur cet écran : SCENE TROIS : Ce fut comme une disparition.


Didier Jouault pour Yditblog 83/107

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Yditblog S. P. O. n° 82/ 106 La présidente s’invente, me hante, s’évente et se vante.( 1/3)

 


TABLEAU UN : Vous ici, je vous croyais sans vieux os ?


Ydit raconte : Le Réseau-à-clavier est une vitrine de mémoires un peu sale, un grenier de passé plus ou moins mis en retrait sur les étagères boulimiques où s’échangent d’obèses messages.
Pourtant, certaines nuits, comme une vapeur dans le col d’une chemise entrouverte par les flatteries de l’été, surgit un nom, ce nom, sur l’écran des absences : ainsi je voyageais parfois- dans l’espace virtuel, ici-même.

 


Et je vis son nom – vite fantômisé par la succession des apparences et l’urgence des effacements.

TONPRE.

     Ses parents – peut-être en la concevant un soir de déprime post-scriptum, avaient choisi le rude prénom de République. Elle se faisait appeler Josette, ou parfois Mutine.        C’était plus simple : pour Josette les hommes s’effaçaient en ascètes dans les ascenseurs, et Mutine ressemblait davantage à l’image qu’elle pensait devoir donner d’elle en montant l’escalier. Ou en se préparant pour un débat.

 

     Josette, donc, figurait ( et faisait très bonne figure ) en nouvelle Présidente de la Caisse Centrale, pour la Partie Remarquable de Population, juste cause publique portée depuis dix ou quinze ans. Opulente administration à méandres subtils, ramifications sauvages, budget grossi à la loupe par l’actualité : ici on disperse de la subvention, certes, mais pour le bien des autres.

 

Sur le clavier bousculé , Ydit fit un message : « Ah, République Tonpré, amusant de vous repérer ici, et quelle étourdissante fonction. Ydit » ( assez stupidement, Ydit signait les messages partis sous son adresse numérique.)
Très peu de jours plus tard : « Cher Monsieur Ydit, satisfaite de vous retrouver ici, la mission est passionnante, j’ai besoin de tous, passez me voir, prenez rendez-vous. » Suivait une adresse.

 

     YDIT raconte : Il n’ouvrait le clavier que peu souvent, curieux des rythmes avec lesquels une urgence à venir devenait vite plaque de marbre rivée au mur d’un cimetière.
En d’autres cas, il aurait souri avant de passer au message suivant.

     Rencontrer quelqu’un dans le réel, peut-être masqué par le rideau de scène du clavier, n’avait jamais semblé plus attirant que de traverser la page d’un roman pour serrer la main de Bardamu ou glisser un regard dans la chambre d’Albertine (un regard dans son bain, peut-être, pourvu qu’il s’agît bien d’une jeune fille en fleurs).

     Il avait pris contact, quand même, avec la Présidente. Plutôt avec une adresse qui dirigeait vers un chef de cabinet. Une constante chez Ydit : la curiosité est une force qui l’a conduit à de sévères inepties.

 

      Le chef de cabinet : « J’ai bien reçu votre demande d’entretien, pourriez-vous me faire savoir quel en est l’objet? »
Il avait fallu quatre messages ( séparés des jours d’absence d’Ydit hors de la merveille du réseau ) dans le réseau fragile de cette opulente  administration, pour convenir qu’il ne demandait rien sinon de venir ainsi que la Présidente le demandait.

     Tôt le matin ( « Elle est là de très bonne heure, elle travaille tout le temps », avait précisé le chef des rendez-vous), après des couloirs taillés sur la mesure de l’importance, il avait pu s’offrir assez longuement le bonheur de feuilleter les revues spécialisées, moments toujours offerts avec générosité par ceux qu’on attend.

     Elle arriva plus tard, guillerette et sautillante, sac de chouquettes à la main, sentant bon, elle et les chouquettes.

 

« Ah, que plaisir de vous voir , Ydit, nous allons faire un excellent travail ». puis, expliquant d’un geste mutin ( car elle s’autoproclamait Mutine), elle se dirigea vers deux ou trois bureaux ouverts : Assistante et capuccino, « Alors, ce Week-end à la mer? Et le petit, il a nagé? Chouquette? » Secrétaire et allongé sans sucre : « Votre maman qui a été opérée hier, ça s’est passé comment? Chouquette? ». Chef de cabinet, enfin : là pas de chouquettes, il semblait du genre à jouer le chaperon noir, et  à se faire un rail d’aubergine ( sans pulpe) à l’heure du thé, ou jusqu’à des shoots de poudre d’épinard pour se valoriser avant les réunions.

 

     « Mais ( elle passa la tête vers Ydit assis dans le couloir), pardonnez moi , je dois voir deux ou trois rendez-vous, tout le monde veut me rencontrer, et puis il y a une urgence, pour le ministre, c’est d’ailleurs pour ça que je suis en retard, excusez moi « !
Elle avait ensuite fermé la porte.

     Ydit aimait s’étirer, mains entrelacées, corps en ligne droite, sur des fauteuils instables, au risque des coutures fragiles. Mais enfin, quel que soit le plaisir, après trois tensions, le désir s’élastique et l’envie surgit plutôt de passer à la suite.

     La Présidente sortait du bureau des agendas quand Ydit tentait de fuir. Elle – prévenante et chouquettée – coquine et se méprenant : « C’est la porte au fond à droite, je vais vous attendre, c’est bien mon tour ». Elle arrondissait les mots comme une starlette pousse le décolleté en avant dans une série télévisée destinée aux malentendants.

 

     Ensuite, dans le vaste bureau – « Café, thé, encore un peu tôt pour un apéro ! », elle avait beaucoup parlé. Chacun le savait, et Ydit mieux que d’autres en raison de son métier, la maison ici ressemblait à une bâtisse hantée par les sept petits nains, à une construction vide et pourtant effrayante, comme un train fantôme dans une foire pour comiques comices agricoles de bas-Limousin.
Mais, dès son arrivée,- et elle en remerciait le Grand Patron qui lui avait même envoyé un SMS à deux heures du matin :  » Voulez-vous présider Caisse Centrale pour Partie Remarquable Population? », depuis la première heure, donc, la Présidente avait commencé la Grande Marche vers le Radieux. Elle préparait un plan de cinq ans, la durée de son mandat.

     Elle concertait, en petite formation ou grand orchestre, elle rénovait, elle irradiait, elle institutionnalisait. Ydit, comme on l’a deviné bien élevé, peignait son regard aux lueurs satinées de l’attention, sans tout comprendre.
Elle griffa un organigramme sur un bloc à en-tête de Marianne : « Ici le Conseil, vous voyez? Là un comité, par ailleurs la Commission, on la met ici, au bout de cette flèche forcément ( elle rit un peu, seule ) et la réfection des bureaux, pas des locaux, elle rit encore, mais des organisations du travail, labor improbus omnias vincit et de viris illustribus, qu’il en soit ainsi, vous voulez un café, que j’envoie chercher des chouquettes ? »

 

     Ydit, le sujet des métamorphoses du vide, ça l’intéresse : il suivait d’un doigt, questionnait. Il avait le temps.

     « Et alors, ceci posé, pont d’Arcole continuait-elle, vous devez vous demander pourquoi je vous ai fait venir, non ? » Elle souriait, reprenait souffle, ressemblait dans l’obscure clarté de la fenêtre à une qui aurait su repasser à son voisin le flambeau de Marathon dès le kilomètre 10, pas si sotte, non mais.
Ydit se le demandait. Un ongle verni, aigrette piquant le bloc, répondit : « Là, je vous mets là. Juste à côté de la case Présidence. J’ai besoin de deux hommes d’absolue confiance, de grands professionnels enrichis de leur expertise, privés d’enjeux. Et comme vous venez de prendre votre retraite…Ah, oui, la Caisse ne peut pas vous verser quoi que ce soit, en dédommagement, d’un point de vue réglementaire… »

 

     Ydit raconte qu’il rassurait : apporter aide et conseil, s’agissant de Partie Remarquable de la Population, c’était bien. Elle donnait des précisons : » Vous suivez les dossiers d’urgence, avec les chefs de service, bien sûr, et une rencontre tête-à-tête par semaine, on déjeunera ensemble ensuite, bien sûr, mais si, mais si , c’est avec plaisir, et c’est la seule chose que je puisse vous offrir, à part ma confiance absolue, bien sûr, elle rit un peu. Vous voulez un café? »

     L’opération à cœur ouvert avait duré plus d’une heure. Quand il partait, la Présidente lui tendit quelques feuillets de prose grise : « Tenez, si vous aviez le temps de lire ça? Et de me donner votre avis? Demain, par mel, ça irait ? Et prenez tout de suite rendez-vous avec le chef de l’agenda… »
On verrait, ça irait, il prendrait. Mais pas du café.

 

 

 


A suivre sur cet écran : SPO 83 (107) :  EPISODE DEUX : le tarte et le méritoire.


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Yditblog Séquence publique d’oubliEs n°81 ( post 105) : La carpe du territoire fait toujours perdre le Niort – 2 sur 2.

Ydit veut raconter l’arrogante cruauté des jeunes hommes trop faciles. Par le suite, peu à peu, presque sans le vouloir, ses frères lui ont appris à respirer autrement le parfum noir des dames, sans renoncer à les aimer.
Séquence deux sur deux : la théorie de la chambre de bonne


Reprise de volée :

Le tarot l’affirmait : dans un voyage prochain, Ydit ( dont le pseudonyme était encore lui aussi à venir ), Ydit croiserait le sentiment sur un quai, un rivage, un trottoir ( les cartes répugnent au détail). Une lame disait le voyage, une autre l’aventure, la troisième en se dévoilant à point paraissait cligner de l’œil dans le miroir des vestiaires. La devineresse ( en liesse sous la tresse) volait d’une main toujours muette sur ses lames retournées, mais ne disait mot que sur demande : une carpe dans son fossé.
Germaine, bien entendu, veut en savoir davantage sur le futur annoncé. Et comment il n’advint pas 

Ydit raconte :

 

En ces temps d’il y a plus longtemps que le pas du souvenir ou presque, il allait dans les départements animer des réunions, où tenir le rôle de l’invité, pour le stage de Week-end.

 

     Peu de jours après les jeux de reflets du tarot, il finissait une séquence publique d’avenir, qui s’était  posée dans une abbaye défroquée en pays de marais poitevin.
-A Parthenay, la Parque naît, s’amuse Germaine, se demandant ( sur un ton à couleurs de Maroc) s’Ydit bout l’abbesse?

     Ydit, tout de même, ces gloseries à peine littéraires pour des mots à peine d’esprit, ça l’agace, parfois. Mais on sait que le verbe lâché ne rentre jamais dans la bouteille. Il poursuit le récit.
     Ydit raconte :
Tout au long du Week-end, une jeune médecin et lui avaient balisé les territoires séduisants de la connivence. Rien n’avait eu lieu, sauf l’évidence d’un futur possible, ce que les regards disent en peu d’éclats. (Germaine ricane du ‘peu d’éclats’ -discrets comme une volée de cloches pour la messe du dimanche).

 

     YDIT : Le stage fini, sur le quai de la gare, tard, comme elle le raccompagnait avec une autre, Ydit se demandait soudain s’il ne fallait  pas soudain rester, poser les mots sur le quai, décliner ici tout langage, dérailler,  s’arrêter – même si tôt ? Il se sentait un peu amoureux et beaucoup stupide, à moins que le contraire?
Elle proposait qu’il vienne dîner chez elle, elle n’était pas de service le lendemain à l’hôpital, il est encore temps, un reste de mojettes, tant pis pour le train, une tranche de jambon de pays, celui-là ou un autre, tous les trains partent à la bonne heure, il prendrait celui du lendemain matin. Peut-être. Ou même un autre. Puis elle viendrait passer des soirs à Paris. Avec les mojettes, on boirait du pineau frais dans la chambre d’amis. Le dimanche on rangerait la bibliothèque.

 

     Par la fenêtre, pourtant, il avait donné du mouchoir comme on donne du gîte, avec une malicieuse dérision. « Venez quand vous voulez », disait-il à la cantonade, pour ne désigner personne et décevoir tout le monde.

     Peu de jours après, sur ce qu’on nommait alors « répondeur », une poitevine avait décrit la suite : » J’arrive ce soir« . Elle aussi avait conservé l’adresse du Parisien. Mais c’était l’autre, l’amie gentille et  sans talent dont les yeux n’absorbaient pas la fine lumière du désir. On avait partagé des minutes de respiration dans le parc de l’abbaye. Elle avait cru à l’invite ferroviaire.

 

     Bientôt, la Poitevine à forte poitrine a quitté le quai, nulle Germaine attentive n’ayant pu interdire le voyage vers rien. Elle s’impose d’une queue de rat joviale et d’un chignon polisson, coiffé en nid d’ange. Elle s’est préparée à la vie pendant le voyage.

 

     Il n’y avait pas de code à la porte, en ces temps sauvages. Elle sonne. On ouvre.
Dans l’appartement, elle installe un peu de confusion -presque de stupeur -.

    La compagne majeure d’alors s’amuse devant cette improbable cueillette de séminaire… Ydit est démasqué en costume de Sganarelle, valet gras d’un Don Juan exporté en Poitou, qui sait tant des filles sauf la vérité de leurs yeux pâlis par l’attente de la couleur vraie. « Mes gages, mes gages ! » réclame la Poitevine à Sganarelle, et « Dégage, Dégage ! » songe l’amoureux trompé sur la personne, retranché dans le donjon intérieur de l’indifférence.

Mais se prépare son destin de pierre.
La Niortaise, guidée  par  des lames de fond de son propre désir d’être Désirée, n’a rien compris de l’appel à venir peupler l’avenir.paroles de tarot.jpg

Elle accepte avec une précipitation de Grandes Chutes l’invitation à occuper, ce soir, la chambre de bonne.

YDIT : « On n’allait pas lui proposer le tabouret, et encore moins le canapé, elle aurait vidé son sac dans le salon. »

Pour festin, déchiré entre trois, on lui offre un brouet sans luminosité. Le dialogue est puissant comme le grain dans la dune : un soupçon de vent le fait rouler vers le néant de l’anonyme.

La Niortaise ignore Paris, elle redresse le chignon à coup de baguettes détournées d’un restaurant (iranien-mongol?) de Migalou-Bonnières, elle ne parle que de ce pauvre Boby ( un autre grain de sable, Irlandais), et perçoit en tout regard la vigueur d’une annonce faite au pari. Elle décroit ses allées, décrit ses venues, mais renie ses retours.

 

     On regrette, elle croit en sa nuit. Telles sont les mœurs parisiennes vues depuis les bocages. On écourte l’agape sans éros, son train était si loin, si tôt, elle est si fatiguée, n’est-ce pas?
Ydit suggère de la conduire à la chambre de bonne, quelques escaliers, amusement dissuasif mais dissimulé de la compagne majeure. On sent que la Niortaise, émue et très éveillée, se dit «Ouh la la, çà va si vite, c’est la capitale sans Kapital, j’ai bien fait d’emporter mes gélules.»
Elle gravit les marches comme une qui aurait le bonheur de descendre l’échafaud sans avoir perdu la tête : enfin la vie commence. La grande aventure, c’est ainsi qu’elle y pensait pendant les réunions de section ou les cueillettes au papillon, sur les rives des canaux dans le marais. Elle a vu comment les gars de Paris on appris les voies de  la fraîcheur sans pudeur.

 

     Elle franchissait la porte, se retournait, fermait les yeux : du temps passait. Quoi, Ydit de Paris et du Parti n’avait pas encore dénoué son langoureux Caraco à liens verts et rouges en dentelle d’Alençon brodée sur toile de Mayenne? Ydit n’avait pas déjà, impulsif et gourmand, porté à la lumière la petite étoffe « Dames de France » achetée pour l’occasion, sur le marché de Bressuire, avant de l’éparpiller sur la moquette ?

     Ydit souhaitait bonne nuit. Il indiquait les lieux utiles, la meilleure boulangerie au petit déjeuner, laissait pour demain le plan de Paris ornementé de perles telles les adresses de musées ou de gares, – surtout d’une gare – et remerciait pour l’agréable dîner entre camarades d’incartade légère – et très dépassée.
     A une autre fois, il espérait ? A Niort de nouveau, sur le quai de la gare, avec son amie médecin de l’hôpital ?

     Fermait doucement la porte. N’écoutait pas derrière. Se confortait dans sa cruauté : séduire, passe encore, mais coucher, à cet âge… S’offrait l’imbécillité d’un sourire d’escalier, ceux des conscrits de jadis ayant fait pipi dans le casque du sergent. Encore trop vert pour le rouge de la honte.

     YDIT raconte : Restée seule, on imagine, la Niortaise rumine, fulmine, elle ravine, bientôt elle Nautamine, elle Revitaline, elle Nivaquine, tous les moyens sont bons pour régler son cas à ce fat, disparu sans bruit et sans fureur, parti derrière la porte la queue entre les jambes.
Humiliée, sans doute, déçue, violentée de solitude, elle sort boire une verre dans un bar, deux bars, trois verres. Plus tard, elle disparaît au-delà du rideau de scène.

 

 

     « Et bien, soupire Germaine, je comprends l’urgence  des « OUBLIS » à présent que la statue d’un commandeur est en route  : il n’y a en effet pas de quoi vous pardonner. ET Ensuite ? »
Ydit : Au matin, sur la porte de l’appartement, un mot attaché par un peu de ruban d’Alençon renforçait la niaise cruauté de l’épisode :

verso : « Elle avait le visage aminci, les pommettes longues, et de grands yeux doux ».(1)

recto : « Mais il se fait tard, allons souper! »(2)


(1) Marcel Schwob, Vies imaginaires, Gallimard, 1957

(2) Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien.


 

didier jouault pour Yditblog  81/105

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Yditblog Séquence publique d’oubliEs n°80 ( post 104) : La carpe du territoire fait toujours perdre le Niort – 1 sur 2

     Ydit veut raconter l’arrogante cruauté des jeunes hommes trop faciles. Par la suite, peu à peu, presque sans  le vouloir, ses frères lui ont appris à respirer autrement le parfum noir des dames, sans renoncer à les aimer.

Séquence une sur deux : l’avenir à la carte


 


l Multiplication des Germaines

 

La nuit va commencer, mais dire cela revient à penser que la marquise va sortir à cinq heures. On ne peut donc pas exclure que les « Séquences Publiques d’Oubli » soient un peu comme des nocturnes un jour de soldes -pour les souvenirs.


On entend une voix sur la voie :

     – « En fait, franchement, dit Germaine en  secouant la tête d’un joli «  non », vous pourrez dire ce que vous voulez, Mon Vieil Ydit, nul ne lit pas l’avenir dans le jus de pruneau, et encore moins en jouant aux dés avec les noyaux, c’est bien connu, ça n’abolit pas le bazar. Ou alors ça ressemble au plan de la gare de Niort ».

 

 

     C’était encore une de ces formules à classer dans la vitrine pour la collection  «cette obscure clarté », à côté de « mon avenir dépassé », de «  la morsure d’une caresse » ou de n’importe quelle autre antienne en effet à présent digne de braderies  d’automne, feuilles sottes retournées à l’appel, rabais à 60% dans le vaste discours anonyme et prétentieux des réseaux déchainés.

 

 

     Ydit ne demande donc pas ce que cela signifie. On a d’ailleurs compris, depuis le début (ou presque), à quel point l’espace des Séquences Publiques d’OubliEs privilégie à chaque fois l’image sur le sens, résolument, définitivement, l’image plutôt que le verbiage, y compris le sens de la vie, et- pour les amateurs- l’essence du lavis.

Pas la peine de traduire, on regarde, on écoute.

On se lasse ? On passe !

 

– « Même s’il fait image et même s’il n’est que de passage pas sage, le sens ? » estocade Germaine. Elle s’est de mieux en mieux glissée, geste et verbe, dans le costume à paillette de la rouge dame des rails qui pétillette et goguette. Elle chewingmachouille le mot «sage» et songeant ( éternel reproche ) à la présence souvent estimée inutile de nues plus ou moins crues dans les séquences à plus ou moins croire, nues seraient-ce en sculptures qu’honorabilise ( non sans hypocrisie, on le devine ) leur endormissement sur les parquets des musées, leur efflorescence photographiée,  ou leur épanouissement au yeux de tous dans le douillet silence des jardins publics.

 

     Absent de Paris pour affaires ( cette fois, dit-on, pour diner d’un dindon avec un de ses Frères, Jefferson ou Washington ) Voltaire dit V3 exprime de loin son accablement, avec un peu moins que les 140 caractères de la limite autorisée.

     Abandonnée à son propre aiguillage, Germaine poursuit, au moins son discours, et sans doute aussi le chemin vers la gare égarée sans égards dans l’une des séquences publiques d’oubliEs à venir. Encore un de ses aphorismes très mineurs : « Plus le trafic est ancien, plus on va vers la voie unique ». Au proverbe malien succède le proverbe du train.

 

     Elle dit encore : « Ne cherchez pas le sens ni l’avenir, et encore moins en déchiffrant les tarots à travers les dentelles des jabots de mousquetaires, des revers de mitaines de capitaines, des suaves tissus légers  dont se parent-évanescentes-et parfois se dépouillent-effervescentes -quelques dames célèbres dans le répertoire pour se cacher à l’ombre de leur intimité ou même pousser parfois sous le tapis les miettes encore fraîches de leur indignité. »

     À propos d’indignité, demande Germaine, aujourd’hui pétulante comme un Cyrano, je ne vois pas non plus ma pote Vassiliki ? Deux ans qu’on se connaît ! Elle n’est pas revenue de Sofia ? Elle rédige son rapport sur vous, et votre père, au profit des Organes?

 

Elle le sait, Vassiliki, elle, qu’en mentant on regarde les cartes pour mieux  voir dans le passé.

Avancer, après un certain point de la vie, banalement c’est reculer.f tarot 5
    Elle a pris son aise, Germaine, comme si les rails qu’elle surveille pouvaient accepter d’étranges routages que ne prévoient nul embranchement, nul embrayage. « Lire le futur ajoute-t-elle, pour un Didi qui dit qu’il veut se caresser le passé dans le sens du voile, y’a peut-être plus malin à faire? »


Ydit raconte : Un après-midi, sur une devanture de boutique près du canal, il avait personnellement été invité -par affichette- à tout savoir en direct sur son avenir. Comment résister à l’appel du désert ? La dame, toute d’âme vêtue et de lames armée, pratiquait le tarot instinctuel, ce qui peut exciter toute curiosité mâle placée- surtout que l’affichette s’ornait d’un portrait de la devineresse qui se documentait en tenue de classe.

 

     Ydit formait en son rêve des cauchemars à la Pyrrhus. Paisible et pleine d’elle même, une Judith belle comme Camille Desmoulins battait ses ailes du désir, puis sortait promener sa tête d’Holopherne, fichée sur une pique qu’on aurait dit droit venue du pays perverti d’Alice : l’avenir, c’est ainsi, murmurait-elle, tandis qu’on flottait sur l’encens de la sale d’attente.

 

     Le tarot l’affirmait : dans un voyage prochain, Ydit ( dont le pseudonyme était encore lui aussi à venir ), Ydit croiserait le sentiment sur un quai, un rivage, un trottoir ( les cartes répugnent au détail). Une lame disait le voyage, une autre l’aventure, la troisième en se retournant paraissait cligner de l’œil dans le miroir des vestiaires. La devineresse volait d’une main toujours muette sur ses lames retournées, mais ne disait mot que sur demande : une carpe dans son fossé.

     Germaine, bien entendu, veut en savoir davantage sur le futur annoncé…


A suivre, sur cet écran : 

n°81 ( post 105) : La carpe du territoire fait toujours perdre le Niort, 

Séquence deux sur deux : Séduire, passe encore, mais dîner à cet âge ?

Ydit raconte …


didier jouault     pour     Yditblog 80 ( 104)    


 

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La taxe du hors piste, séquence ni publique ni d’oubli

C’est rare. Les compagnons de route (et parfois de mémorable déroute mémorielle) sont assis à la même table. Pour amuser le public, un facétieux a collé une affiche. On a détourné des images? La police s’emmèle!

 

Ydit fait front, pour ne pas perdre la face.

Même cajolé,

 

le Vieux Vaticinant Virule et Vaticine : « Non, vraiment, ydit a exagéré! »

Germaine, toujours diseuse de bons aiguillages et gourmande de rails, gourmande  et contrôle son Ydit comme si c’était un fraudeur sautant les barrières,

 

     un jeune sur sa planche à voile, un quadra en trottinette sur les trottoirs, bannière plein vent. Un type, tiens, un barrage de contrôle et on te le mate. Puisqu’il s’agit d’images…

On n’ira tout de même pas faire appel à des renforts, qui seraient bien capables de détourner Ydit de son repentir. Nécessaire repentir.

 

Et jusqu’à la plus incertaine des compagnes, la suave slave Vassiliki : enfin, de la matière pour un rapport plein de fautes?figaro le jour le plus longIMG_2051berline 4bal des pingouins de fer 6

Alors – triosent ils, où va-t-on? Ydit se meut en mauvais garçon, en voleur d’estampes, en Ribouldingue de l’image?

En mafioso de petits boulevards ?

 

 

Il déborde, il expose, il explose même? Hein, M’sieur Ydit, on oublie les principes?

 

 

Sans mauvaise conscience, mais tout de même un peu mollement, Ydit s’abandonne à l’argumentation : « oui, dans la rapidité de l’écriture, il a utilisé les images du « stage théâtre » sans avoir recueilli d’autorisation préalable ».

D’un geste généreux comme un contrôleur découvrant une carte Sénior sur le Paris-Brest, Germaine rappelle que l’image en espace public est à tous, sauf usage commercial ou dégradant.
Du reste, précise Vassiliki, les personnes sur ces images aiment se mettre en spectacle, et…

V3 dit Voltaire – moins acide que d’habitude, ( mais au fond peut-être aussi caustique), prétend que, parfaitement respectueuses  les images ne sont que des  » illustrations » d’un propos : les représentés ne jouent aucun rôle dans la Séquence Publique d’Oubli, ils ne font – pardon- que de l’aimable et souriante figuration.

Ydit sait tout cela : il a lu le droit. Mais, bien sûr, a posteriori on peut solliciter le retrait d’une image. Voila tout.
V3  soupire : ce n’est pas malin, Ydit aurait pu demander avant. 

Germaine : il demande maintenant, et on retire ce qui doit l’être, sans taxe et sans trace, sans amertume ni moindre thune.

Pour Vassiliki, dont les grands principes souffrent peu d’approximation, en d’autres lieux, ça aurait fini une balle dans la nuque au fond de la Lubianka…Bon, d’accord, j’exagère, mais une bonne dizaine au Goulag, ça oui.poste police rue Marsoulan 2012SPO Fessée-éducativespo fessée gtravure

Bref, les trois comparses jugent de concert qu’Ydit a franchi le passage à niveau, le nigaud, c’est balot, sans regarder avant. A son age!

On sait bien de quoi on aurait envie, hein?

 

On attend la suite, demande Germaine?

 

 

Ydit : pour quiconque,  disparaître des SPO malgré nos explications, rien de plus banal : il suffit de le demander. Ici-même !

 


Hors série, toutes photos déjà publiées dans une Séquence Publique d’OubliEs

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Yditblog S.P.O.79 (post 102) : Sur la terrasse les amis de Tyne aussi attendent le vol pour Marseille.

     Selon Ydit, Tyne marchait dans le désir les yeux bandés (spo78).  On entend à présent, parmi les bruits de la vie, un appel à l’embarquement de TYNE, attendue porte X pour le vol de Marseille (Spo79).


Ydit avait raconté, sur une scène vide, que traversaient par instants des spectateurs pressés,

     Ydit avait raconté l’accueil de TYNE avant la première nuit dans la maison à la campagne. Il avait dit la surprise de l’indifférence bavarde, il avait dit  le silence blafard de Tyne quand la ville tendait les détours de l’Histoire en cadeau de première nuit, mais TYNE avait marché les yeux fermés, alors que les murmures des sculptures ou la rigueur des façades réinventaient le souvenir pour elle, il avait dit son glissement prolixe au-delà des signes, la fermeture des écoutes, son mutisme du cœur…des « OUBLIeS » à saveur un peu amère, un peu acide.(SPO78)


 

 

     Mais ce n’était qu’une première apparition de la si aimable Tyne sur le décor des nuits et la scène des éveils.

     Puis ce fut comme une disparition : Ydit raconte qu’ils étaient tous deux assis au soleil d’une terrasse. Tyne le regardait, émue sans doute. Elle allait devoir quitter Paris pour Marseille, disait-elle, et allait s’y marier, peut-être, avec Alexandre, à force.

     Germaine-des-rails se stupéfie à hoquets hauts : Quoi,Tyne avait deux hommes? Comment,elle partait?

 

     Ydit raconte que, sans doute, Tyne aimait les jours et les nuits de deux hommes, et puis c’était un temps que Germaine n’a pas connu, sauf par les récits des libelles, et les mots purs de la tribu. Un temps de vertus sans fards, de jeux sans prix, et de feux débarrassés de leurs cendres.

-« Et vous aussi ? s’indigne – ou affecte de – Germaine.

« Et elle venait dans la maison de la campagne où une autre venait à son tour? »

     YDIT raconte : « TYNE  ce jour là prenait le temps de construire un nid d’oubli, sur la terrasse du départ. Sans malice, trop fine pour aimer toute blessure dans la mémoire d’YDIT, elle s’était prise à raconter les bonheurs de leurs histoires, depuis deux ans. Ou trois? On n’aime pas les histoires, parce que les raconter c’est aussi les enfouir.

    Germaine : Des  » OUBLIeS »?

 

     YDIT une fois encore dit que les  » OUBLIeS » sont les effacements volontaires des moments sombres enkystés dans la mémoire. Avec Tyne, rien que la lumière, et même en ce jour d’annonce faite d’un départ. Qui s’étonnait en ces temps que l’histoire ait une fin ? Rien de plus banal , Germaine, croyez moi :

On surgit, on s’allie, on se dit, on se plie,

les corps doux, coin de cou, c’est tout flou, puis l’époux

et voila tout, et voila dit.

     Germaine demande « si les récits de Tyne,sur la terrasse?..

ET d’abord était-ce vraiment TYNE? »

     YDIT rappelait qu’ils étaient allés quelques jours en Ecosse, au printemps.

        Elle avait acquis là son prénom.preraphaelite autrejeune fille à sa fenêtre

 

TYNE, Riv.du N. de l’Angleterre (128km). Elle prend sa source dans les monts Cheviot, près de la frontière écossaise, et est formée par la réunion, près d’Hexham, de la Tyne du Nord et de la Tyne du Sud (North et South Tyne), issue du Cross Fell. Elle arrose Hexham et Newcastel.(*)

 

Maintenant, dans ce clair-obscur que la mémoire fait aux jours de grands mots, les deux TYNE se séparaient à nouveau, Nord et Sud.

 

Souriant, car partir n’est jamais un malheur, elle demandait à Ydit s’il se souvenait ?

Tyne :

Ils étaient allés à plusieurs quelques jours dans le grand soleil de Sicile. On apprenait à bousculer la tiédeur des midis en  glissant la planche à voile parmi des vagues de comédie. On visitait les musées, au matin, quand les œuvres sont encore fraîches de regard et de lumière.

 

     Ydit : Et tu inventais chaque fois des proverbes africains : « Le cou du serpent finit là où sa queue commence » venu du Cameroun, disais-tu sur la plage,  et encore cet autre que j’aimais beaucoup, réplique pointue aux faiblesses de la mémoire, et que tu prétendais avoir entendu au Sénégal : « Si tu as perdu ton cheval, regarde sous la selle ».

     Une autre fois, on avait passé trois jours en Normandie, Tyne rappelle qu’ « Ydit se déguisait en lecteur cambrioleur, picorant par dessus l’épaule nue et blanche des phrases d’écrivain noir », que Tyne jamais n’abandonnait. lupin-passage-bon-plan
Inkedfile4_LI

 

césarée 2014 Sur le bord d’une rivière, on lisait impudiques au soleil.T h nu main et sexe d'oublies

     Dans le sud, sur la terrasse, elle s’amusait beaucoup d’accepter les jeux d’images qu’YDIT rêvait encore de conduire à une collection – jamais construite car Tyne avait pris d’un coup la tout entière place dans l’imaginaire.

duo nu      Ils en bavardaient encore, sur le point de partir, et Tyne- sur la ligne de partage des mots- demandait ce soir « si elle pouvait conserver les tirages ? »

InkedTyne Croix, pierres,drap, de dos, Estep

     Ajoutant l’un de ces proverbes dont nul ne saurait jamais s’ils étaient puisés dans les sources secrètes et noires de l’Afrique, ou si chaque jour Tyne les inventait : au Togo, encore : « Si le fleuve bouge son cours, même le caïman doit suivre ».

 

    Tyne raconte les histoires, dit qu’elle dormait souvent peu, Ydit parodiait : « Madame promène son cas sur les remparts de l’insomnie ». Dans l’abri de toile posé au fond de gorges descendues en kayak et en tenue de rien du tout ( mais, savez-vous Germaine, en ces temps de légèreté, on avait du corps nu l’image du simplement vivant) Tyne répondait en écrivant sur un petit carnet (par souci de ne pas éveiller le dormeur du val, ironisait-elle) et – comme d’habitude- elle avait raison de citer le Bénin : « Même s’il vit dans l’eau, le poisson a toujours soif ». De ce point de vue, Tyne restait impénétrable.

 

Ils allaient aussi dans des villes où d’anciennes camarades de classe un peu lasses ou d’étranges étrangers les invitaient à boire  dans les bars ou fleurir les défunts. On disait de TYNE :  « Elle rambarde, elle pétille, elle s’oublie dans les bulles ».

 

Dans les parcs et les châteaux, YDIT montrait les traces et les noms des compagnons anciens. Cette fois Tyne écoutait, parfois.

Tyne dormait souvent peu, mais tard : Ydit attendait sur les murets qu’elle finisse de passer la gomme d’éveil sur le dessein de son corps.

En Espagne – ils étaient partis en voyage ourdi en quatuor allègre – elle rattrapait la nuit par des siestes picturales posées dans le demi-jour mensonger de la terrasse.

InkedTyne sieste chaste _LI

 

     L’attention s’étiole, luciole qui papillonne, mais Tyne raconte encore qu’ « ensemble ils avaient visité les ruines de l’ouest, les formes posées entre les colonnes disaient la mémoire des bâtisseurs. » 

     YDIT : « Tyne portait une longue jupe, il faisait chaud, en manière de cadeau d’anniversaire elle avait transformé en pochette pour la veste de lin que portait YDIT le plus intime (et aussi le plus fin, le plus détouré) de ses propres vêtements.

     Non, Germaine, ne vous agacez pas : c’était un moment du temps, ces années, où la joie pure des corps ne se voilait pas de morales accessoires, et quelle jolie pochette sans surprises ! »

 

 

 

     Mais voici, à présent, que Tyne dissipe sa présence, si peu sage,

et part vers Marseille, comme on va prendre un thé au Sahara.

ydit grognon mais ça ne va pa durer

     « Pas de fruit sur l’arbre qui n’ait eu d’abord sa fleur », aurait-elle murmuré , songeant au Sénégal. Cependant, les sentences aléatoires et les faux proverbes n’amusaient plus YDIT. Il relisait des livres anciens, posé sur un décor de désastre. Le langage n’est drôle que si l’on reste.

 

dj lecteur dans le désastre

 

Tyne partait, laissait entre eux la faille d’un  paysage que nulle lave n’emplirait. Porte fermée, elle gambadait un peu, déjà, sur les marches fraîches de son nouveau récit.

 

-Et vous? demande Germaine attendrie malgré la regrettable  banalité ambiante.

 

petit matin post Tynedj 30,ans portrait songeur

YDIT : Tyne dormait peu, mais partit tôt. Je servais le premier café solitaire et glacé.

Sur le mur, un portrait qu’elle avait fait disait la suite.

 

 

 

     Autour de la table sur la terrasse, on entend les passants attendre le vol pour Marseille, le vol de TYNE pour jamais, pour les temps volés, pour les tournois de mémoire, pour les autres pièces de la vie qu’on visite.

 

Tyne est toujours un spectacle joué à guichets fermés.

 


(*) Le Robert des noms propres


Didier Jouault pour YDITBLOG 79/102

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